Réflexions sur les infrastructures construites par la Chine
Abidjan le 30 / 09 /2021
Le barrage de Soubré d’une puissance de 275 MW, le plus grand de la Côte d'Ivoire. Conçu,
financé et construit par la Chine. Livré le 02 Novembre 2017, sa construction a duré quatre
années.
Les prêts octroyés par la Chine aux Etats Africains sont assez singuliers. Tout d'abord, contrairement aux occidentaux, les Chinois ne mettent pas de « l’argent frais » sur la table. Ils construisent des infrastructures « à crédit ». C'est la première caractéristique de leurs prêts. Tout dans ces infrastructures vient de Chine : la main d’œuvre, les fournitures, les équipements, l’expertise, le carburant des machines, la nourriture du personnel, etc... Tous les décaissements nécessaires se font en Chine.
Ainsi la Chine n’engage que des yuans (sa monnaie locale), mais les Etats paient en dollars pour les infrastructures construites. On entend souvent dire que la Chine déverse des milliards de dollars en Afrique. En réalité, pas un dollar n’est dépensé, mais plutôt des yuans. Pour éviter d’être face à des Etats qui ne peuvent plus payer, la Chine accepte de se faire rembourser en matières premières : café, cuivre, or et surtout pétrole. C'est la deuxième caractéristique des "prêts" chinois.
Lorsque les Chinois construisent une infrastructure, les Etats africains prennent à leur charge, l’eau, l’électricité, le téléphone, l’internet, les travaux de terrassement, et les éventuelles indemnisations de populations, en somme toute dépense qui doit être obligatoirement effectuée sur place. Sous la pression des opinions publiques, les nationaux sont acceptés sur les chantiers, mais sont affectés aux charges les plus basiques, et leurs salaires sont puisés dans l’apport des gouvernements africains.
Car le financement n’est jamais à 100% Chinois. C'est la troisième caractéristique de leurs prêts. Une part est réclamée aux gouvernements africains, elle sert à financer les dépenses qui ne peuvent pas être réalisées en Chine, par exemple les salaires du personnel local. La Chine s'arrange pour n'effectuer aucune dépense sur place.
Aucune entreprise locale n'intervient en tant que fournisseur ou sous-traitant. Ainsi l'impact des chantiers d'infrastructures sur l'activité locale est nul. Il n'y a aucun effet d’entraînement sur l’économie. Il n' y a pas de transfert de savoir-faire. Ces chantiers ne génèrent ni emplois qualifiés, ni activités industrielles, ni contributions fiscales, ni renforcement des capacités. C’est la Chine qui bénéficie entièrement de l’effet d’entraînement. D’où sa croissance fulgurante depuis les années 90.
Outre la qualité des matériaux, le coût réel des ouvrages reste aussi un gros point d'interrogation. Les gouvernements africains n' y voient que du "feu". Le stade olympique d'Ebimpé à Abidjan par exemple est supposé avoir coûté 67 milliards de FCFA. Ce sont les Chinois qui le disent et il faut les croire. Les Chinois bouclent les projets de bout en bout, tous les achats sont effectués en Chine.
C'est fort de ces constats que la Côte d'Ivoire avait annoncé le 28 Novembre 2018, la création d’une agence chargée de suivre les infrastructures construites par la Chine dans le pays. L'annonce avait fait grand bruit. Il est clair que les gouvernements africains se posent beaucoup de questions sur les infrastructures construites par la Chine. Mais personne n’ose émettre la moindre critique. Pour la première fois un Etat africain affichait ouvertement sa volonté de « regarder les choses de près ».
L'agence devait assurer la supervision, la coordination et le suivi du portefeuille des projets financés par la Chine. Le but étant de vérifier la conformité des infrastructures avec le cahier des charges, contrôler les coûts réels, et mettre sur la table la question de la participation des entreprises locales. Mais la Chine a dit "Niet " à la création d'une telle agence. Le gouvernement ivoirien s'est incliné.
Les coûts réels des équipements utilisés resteront toujours un mystère pour les pays africains. De même, la participation d’entreprises locales restera exclue, car la Chine y trouve son compte. Ce sont ces deux éléments qui rendent son modèle d’intervention viable partout dans le monde. Aujourd'hui la Chine règne en maître dans la construction des infrastructures partout dans le monde (Afrique, Asie, Amérique latine, Europe de l’Est).
En définitive l'annonce de la création de cette agence fut une gesticulation inutile des autorités ivoiriennes. La Chine a d’ailleurs répliqué en annulant un portefeuille de projets de 2 000 milliards de FCFA dont la signature devait intervenir en 2019. Cela se voulait une mise en garde à l'intention de tous les Etats africains qui seraient tentés de réfléchir à la mise en poplace de telles agences.
Douglas Mountain
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