Les curieux emprunts de l'Etat ivoirien
En novembre 2025, la BAD (Banque Africaine de Développement) a approuvé un accord de financement de 26 milliards de FCFA en faveur de la Côte d'Ivoire, pour le « renforcement de sa gouvernance économique », ce prêt-dit-on découlait du financement du PAGOCI, le Projet d'Appui à la Gouvernance pour une Croissance Inclusive en Côte d'Ivoire . Que faut-il entendre par « renforcement de la gouvernance économique » ? Comment une « gouvernance économique » se renforce-t-elle ? Dans les faits, que va concrètement financer ce prêt ?
Pour le gouvernement Ivoirien ce prêt va « garantir des recettes publiques stables et pérennes est nécessaire pour financer l'ambitieux programme de développement de la Côte d'Ivoire. Le renforcement des dispositifs de contrôle et l'amélioration de la transparence et de la redevabilité, quant à eux, stimuleront la confiance des investisseurs et créeront un environnement plus propice à l'épanouissement du secteur privé». Tout cela reste vague, flou, mais on a du mal à saisir à quoi seront affectés ces ressources, ce qu'elles vont financer réellement.
Ce n'est pas le premier prêt du genre. Régulièrement on cité des emprunts pour "l'amélioration de l'efficacité de la fonction publique", la "résilience de l'économie ivoirienne", "l'attractivité de l'économie", etc. Rien n'est dit sur les termes de référence, ces indicateurs qui permettent de mesurer l'impact réel du « programme ».
At-on besoin d'entrepreneur un prêt pour améliorer l'efficacité de la fonction publique ? Certes, la numérisation demande des fonds. Mais pour le reste ce sont plutôt des mesures d'organisations à mettre en place. At-on besoin d'un emprunt pour lutter contre la corruption, l'absentéisme, les fonctionnaires fictifs, les services inopérants.....? Doit-on s'endetter pour mobiliser davantage de ressources fiscales ? Pour utiliser de manière efficace et transparente les ressources publiques ? Pour créer un environnement propice aux investisseurs ?
Il faut réorganiser les ministères, concéder au privé certains domaines. L'Etat doit se retirer des secteurs marchands où il est encore présent, et laisser le marché réguler l'activité économique. Aujourd'hui, le permis de conduire, le passeport, la visite technique etc....sont concédés au privé. Doivent suivre le permis de construire, l'ACD, le titre foncier, etc... le guichet unique du foncier et de l'habitat doit être concédé au privé comme le guichet unique automobile. On peut privatiser les CHU, ouvrir la concession des autoroutes au privé,..etc....Il faut alléger l'Etat.
Ce sont ces mesures qui vont renforcer la gouvernance économique, améliorer l'efficacité de l'administration, enrayer la corruption, et attirer les investisseurs. Nul besoin de programmes lourds, aux contours technocratiques, dont la mise en œuvre va nécessiter des emprunts. A noter que ces prêts sont essentiellement accordés par la BAD, la BOAD ( Banque Ouest Africaine de Développement ), la BIDC ( la banque de la CEDEAO). Ces structures typiquement « africaines » sont les seules à financer des programmes dont la pertinence reste à prouver.
Alors que l'usage aujourd'hui veut que les bailleurs règlent directement les entreprises prestataires lorsqu'ils financent un programme, pour le PAGOCI, les fonds sont mis entre les mains de l'Etat ivoirien. Parce qu'en réalité il n'y a pas de prestataires. Sur son site la BAD précise que les bénéficiaires du PAGOCI sont « l'État ivoirien et les institutions publiques en charge de la gouvernance économique, des finances publiques et de la planification des investissements publics ». Ou lorsque les fonds sont mis à la disposition des Etats africains, ils se « volatilisent ».
Montagne Douglas
Le Cercle des Réflexions Libérales
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