Les nouvelles routes de la soie mises en place par la Chine : un piège à endettement pour les pays ?

 

                                               ECONOMIE                                                                                                                
Abidjan le 02 Octobre 2025
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Le  président Chinois Xi Jinping dévoilant le projet des nouvelles routes de la soie en 2013.                      
On le considère aujourd'hui comme l'homme le plus puissant du monde après le président                              des Etats- Unis



Les nouvelles routes de la soie NRS, BRI en anglais ( Belt and Road Initiative ) sont un vaste programme d'investissement ( initialement dans le domaine des infrastructures de transport ) mis en place par la Chine pour relier ses principaux pôles d'activité à certaines régions du monde. Six corridors ont été définis dans le cadre de ce programme,


  • Le corridor Chine-Mongolie-Russie 
  • Le corridor Chine-Russie ou le "pont terrestre eurasiatique"
  • Le corridor de la Chine à Istanbul
  • Le corridor Chine-Pakistan
  • Le corridor Chine-Singapour via l'Indochine
  • Le corridor Chine-Birmanie-Bangladesh-Inde


Ces corridors sont des infrastructures multimodales combinant autoroutes, voies ferrées, et liaisons maritimes, qui permettent des liaisons directes entre les grandes métropoles chinoises et les autres régions du monde. Par ces liaisons, la Chine prend ainsi directement pied dans les régions ciblées pour vendre ses produits, et s'approvisionner en matières premières. A ces corridors s'ajoutent des "passages économiques blues" ou corridors maritimes stratégiques pour la Chine, le long desquels l'investissement porte sur des terminaux portuaires qu'elle a acquis en concession et développer ( Dubai, Dar-es-Salam, le port du pirée en Grèce, ou en 2024 le méga port de Chancay au Pérou). Comment tout cela est-il organisé ? 


Prenons le cas du corridor Chine-Pakistan, vu par les experts comme le plus abouti des six. Il relie la Chine au port en eaux profondes de Gwadar, sur l’Océan Indien, en traversant le Pakistan sur toute sa longueur, soit plus de 2500 kilomètres. Ce corridor comprend des routes et autoroutes 02 x 06 voies, des lignes ferroviaires, des gazoducs. Il est entièrement couvert par la fibre optique et intègre des infrastructures énergétiques (centrales à charbon) pour parer aux coupures électriques, un handicap majeur des pays émergents. A partir de Gwadar, les lignes maritimes prennent le relais.


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Quand on observe la carte ci-dessus, on voit bien comment ce corridor ( en vert clair ) met le Nord Ouest de la Chine, la région qui se développe le plus rapidement aujourd'hui, la région du Xinjiang, directement à portée de l'océan indien. Les marchandises qui passent par ce corridor évitent ainsi toute l'Asie. Du port de Gwadar, elles atteignent plus rapidement les pays du Golfe, ceux riverains de la méditerranée, et l'Afrique de l'Est. Les exportations chinoises vers ces zones deviennent ainsi ultra compétitives avec des frais de transport pratiquement divisés par cinq si elles devaient emprunter les routes traditionnelles, et un gain de temps record. 


Les autres corridors fonctionnent aussi de la sorte. Ils permettent de rapprocher la Chine de ses marchés. Le corridor Chine-Russie ( "le pont terrestre eurasiatique") est essentiellement ferroviaire. Il relie l'Ouest de la Chine au Kazakhstan, la Russie et la Biélorussie. A partir de là, les chemins de fer européens prennent le relais pour rallier les principales villes du vieux continent.  En fait, et c'est le but visé, les nouvelles routes de la soie sont un accélérateur du commerce entre la Chine et le reste du monde, en réduisant à la fois les distances et les barrières. 


Les nouvelles routes de la soie ( NRS ) sont une vision dévoilée pour la première fois en 2013, et formalisée en 2015. Si l’initiative au départ portait sur les infrastructures de transport et de logistique, au fil des années d’autres secteurs ont été pris en compte, entre autres l’énergie (oléoducs et gazoducs), le secteur immobilier, les télécommunications, les parcs industrielles, les transports urbains, les infrastructures numériques..etc....C'est surtout en Afrique où cette diversification est le plus visible. 

 

D'une soixantaine en 2013, les "pays partenaires" des NRS sont passés à environ 123 nations en 2023, date des dix ans de ce programme. La Côte d'Ivoire a intégré les NRS en Mai 2017. En 2025, la quasi-totalité des pays africains, une majorité de pays d'Europe de l'est, la quasi-totalité des pays d'Asie, et un grand nombre de nations d'Amérique Latine sont "partenaires". L'Italie fut le seul grand pays européen qui a adhéré en 2019, avant de se retirer en 2023. 

 

Examinons maintenant le financement de ces infrastructures. Ce sont des prêts qui sont accordés par la Chine aux Etats pour construire les ouvrages. Mais attention, les Chinois construisent eux-mêmes les infrastructures, avec leurs entreprises, de bout en bout. On l'a déjà vu dans un précédent article. La construction des ouvrages ne génère aucun effet d'entraînement sur l'économie du pays hôte. C'est cela le drame.


Ensuite il y a les dettes qui sont générées. Considérons encore une fois le corridor Chine - Pakistan. Initialement évalué à 46 milliards de dollars en 2016, l'investissement à coûté 60 milliards en 2020. Certes le Pakistan se retrouve avec de grandes infrastructures, mais le pays n'exporte pas grand chose. Ce sont des ouvrages dimensionnés pour l'économie chinoise, qui rendent compétitives les exportations chinoises, et non pakistanaises qui ont de tout temps été exportées depuis ce port. Par contre, ce pays se retrouve avec une dette conséquente. Dès 2020, il a ouvertement annoncé son intention de renégocier sa dette envers la Chine.

 

Il y a aussi le cas du Sri Lanka. Incapable de rembourser une dette de 1,4 milliards de dollars contracté auprès de la Chine pour la construction d'un port, il a dû céder en 2020 la gestion de l'infrastructure à la Chine pour une durée de 99 ans. Cela a créé un électrochoc en Asie, amenant la Malaisie et la Thaïlande à suspendre des projets de lignes ferroviaires à grande vitesse que devait construire la Chine dans le cadre du corridor Chine-Singapour via l'Indochine. Les Chinois exigent en échange de leurs prêts des garanties en nature, afin d'éviter le risque de défaut de paiement des pays. 

 

En Afrique c'est encore plus frappant. Initialement le continent n'était pas inclus dans le plan des NRS, tel que dévoilé en 2015. Mais la Chine a entrepris des investissements massifs qu'elle décrit comme relevant des NRS. Au départ concentrés dans la partie Est et australe du continent, les investissements chinois concernent aujourd'hui toute l'Afrique, faisant du pays le premier créancier du continent. En 2025 les pays les plus endettés envers la Chine sont : Angola (17,8 milliards de dollars), Éthiopie (6,5 milliards), Égypte (6,3 milliards), Zambie et Kenya (6 milliards chacun), Afrique du Sud et  Cameroun (3,5 milliards chacun), Congo-Brazzaville (3,2 milliards) et RDC (2,9 milliards).

 

Les Chinois ont construit de gigantesques infrastructures que dans ces pays. On peut citer pêle-mêle le métro aérien et un parc industriel en Ethiopie, la nouvelle capitale administrative égyptienne, la ligne ferroviaire Mombasa-Nairobi au Kenya, le chemin de fer de Tazara en Zambie, la nouvelle ville de Kilamba Kiaxi en Angola, un pont à haubans et un complexe olympique à Brazzaville, l'agrandissement des terminaux portuaires de la quasi totalité des ports Est-africains dont celui de Mombasa au Kenya, porte d'entrée pour les pays enclavés de la région ( Rwanda, Soudan du Sud, Ouganda ,etc...). Aujourd'hui ces pays sont asphyxiés par la dette, mais la Chine contourne le problème du défaut de paiement en se faisant rembourser en matières premières.  


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Le port de Mombasa au Kenya, modernisé , agrandi, et exploité par la Chine en concession,                          

dans le cadre des NRS. C'est la porte d'entrée de toute l'Afrique de l'Est.


En fait, comme on l'a vu pour le corridor Chine Pakistan, les investissements Chinois sont surdimensionnés pour ces pays. Partout où ils opèrent, les Chinois ne se contentent pas de construire une seule infrastructure dans un pays. Ils mettent toujours en œuvre un ensemble d'infrastructures afin de rendre leur modèle rentable pour eux. La Chine construit sans tenir compte des besoins réels des pays, et de leurs capacités à rembourser. Partout où les Chinois sont intervenus, les pays restent surendettés pour longtemps et finissent par se tourner vers le FMI. 

 

En Côte d'ivoire depuis 2011, la Chine a construit de nombreuses ouvrages. L'autoroute Abidjan-Bassam, le stade d'Ebimpé, le barrage de Soubré, etc.... En 2018, quelques mois après une déclaration des deux pays sur la conclusion d'un programme d'investissements de 2 000 milliards de FCFA, la Côte d'ivoire annonçait de façon unilatérale la création d'un bureau de suivi des investissements chinois dans le pays. Bien que l'agence n'a jamais vu le jour, la signature de la convention concernant ce programme, prévue en 2019, fut annulée. En fait, la Chine n'a pas digéré l'annonce. 

 

Si les NRS permettent le développement des infrastructures, leur impact à long terme sur la croissance des pays reste à établir. En revanche, elles induisent un endettement massif. Beaucoup d'économistes considèrent les NRS comme un piège à endettement. Mais il y a aussi certains, chiffres à l'appui, qui affirment que l'Afrique sort gagnante des NRS. En 2023 par exemple, l'Afrique a bénéficié d'un investissement global de 21,7 milliards de dollars dans le cadre des NRS. Mais une chose paraît claire aujourd'hui, on assiste, particulièrement en Afrique, à une baisse d'enthousiasme vis à vis des NRS.

 

Enfin, les autres grandes puissances ont mis en place leur réponse aux NRS, sur le même modèle. C’est le Japon qui, en 2015, a ouvert cette voie avec son « Partenariat pour des Infrastructures de Qualité » (110 milliards de dollars), suivi en 2021 par l’initiative « Build Back Better World » des pays du G7 (600 milliards de dollars), au premier rang desquels figurent les Etats-Unis. En octobre 2023, l’Union européenne a annoncé un projet  « Global Gateway » ( 300 milliards d’euros ), un fond appelé à soutenir les projets d’infrastructures de qualité dans les pays en développement et respectant les normes sociales et environnementales « les plus élevées ». 


Reste à savoir si ces projets concurrents pourront détrôner les nouvelles routes de la soie, tant la Chine écrase la concurrence en matière de financement, en mettant sur la table des propositions qu'il est difficile de refuser pour les Etats, en plus du fait qu'elle n'est pas regardante sur les aspects démocratiques, environnementaux....etc....


Douglas Mountain 

oceanpremier4@gmail.com   

Le Cercle des Réflexions Libérales


Vous pouvez aussi lire 


Réflexions sur les investissements de la Chine  

https://douglasmountain.blogspot.com/2021/09/abidjan-le-30-09-2021-le-barrage-de.html

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